Depuis combien de temps vos enfants n’ont-ils pas mis le nez dans l’herbe…

… grimpé à un arbre, sentit l’humidité d’un sous-bois ?

Le syndrome de déficit de nature

D’accord, pour prendre soin de la nature, il faut y être sensibilisé, la connaître ne serait-ce qu’un peu. Mais saviez-vous que la nature prend aussi soin de nous, et encore plus de nos enfants ? De l’Amérique du Nord au Pays Basque en passant par l’Asie, une prise de conscience enfle : nos enfants manquent de nature. C’est ce que l’on nomme le Syndrome de déficit de nature (Nature deficit-disorder).

Bon sang Marty, que s’est-il passé ?

Les constats menés dans les années 90 ne sont pas très drôles : augmentation de l’obésité infantile – 3 millions d’enfants en Europe -, du diabète et des maladies cardiovasculaires, y compris chez les jeunes.

Les premières explications fusent : sédentarité (80% de notre temps passé dans les bâtiments ou les voitures !), malbouffe, rythme de vie… C’est à cette époque que l’on commence aussi à parler de déficit de nature.

« Passer du temps dans la nature est essentiel au bon développement de l’enfant, sur le plan psychologique autant que sur le plan physique. Certains chercheurs affirment même qu’une dose quotidienne de nature puisse prévenir et traiter de nombreux troubles médicaux. »

Dr. Melissa LEM,
Membre du corps professoral au département de médecine familiale et communautaire de l’Université de Toronto et membre de l’association canadienne des physiciens environnementalistes

Aujourd’hui, dans les écoles en France, le nombre et la durée des séjours et des classes en extérieur ont diminué drastiquement : de 3 semaines à 3 jours. Et vue de ma fenêtre, dans les crèches d’Amsterdam, les enfants ne sortent pas souvent pendant les mois de mauvais temps.

Cet éloignement de la nature tient en 3 raisons principales :

  • l’urbanisation, accompagnée de la diminution des espaces naturels,
  • la virtualisation et la consommation d’écrans : les 8-18 ans passent 4h30 par jour sur la TV ou internet,
  • et la peur de la nature (grimper aux arbres est dangereux, les piqûres d’abeilles sont douloureuses, la terre c’est salissant et les araignées, et bien…) qui, semble-t-il s’amplifie de génération en génération dans un cercle vicieux entretenu par une image déformée (paradisiaque ou infernale).

Un shout de nature contre la myopie ?

… Et c’est vraiment dommage cet éloignement de la nature, parce que les études ne comptent plus ses bienfaits sur notre bien-être.

sante

Nous savons que l’activité physique réduit les risques de diabète de type II et de maladies cardio-vasculaires. Mais là il ne s’agit pas seulement de faire courir notre progéniture sur un tapis en salle : le jeu dans la nature semble renforcer le système immunitaire, développer les muscles longs et la force, et participer au maintien d’un poids sans risque lié à l’obésité.

« Ce n’est pas la dépense d’énergie, l’exercice qui comptent, mais le lieu où se produit la dépense d’énergie. »

Louis ESPINASSOU, Educateur, biologiste, ethnologue, conteur

Par exemple, saviez-vous que marcher dans la nature augmente largement l’estime de soi ; alors que marcher dans un lieu clos, comme une zone commerciale la fait diminuer ? Ce sont les conclusions d’une étude de 2009 sur des adultes Anglais.

En 2009, une étude réalisée au Japon en 2009 a testé 280 personnes après une balade en forêt : leur taux de cortisol dans la salive (symptôme de la dépression) était plus faible de 13,4%. Ils ont aussi observé une baisse du rythme cardiaque, de la pression artérielle, des indicateurs d’anxiété, de la fatigue et de la confusion !

Plus surprenant, une étude a été réalisée sur les enfants Taiwanais. 81% des taiwanais de 15 ans sont myopes ! Cette étude a démontré que le bon développement oculaire est lié au temps passé dehors, du fait notamment de la distance plus grande sur laquelle peut se porter le regard et de la lumière naturelle. Conclusion : chaque heure passée dehors réduit de 2% le risque de myopie !

Ce qui est bon pour moi est encore meilleur pour mon enfant

Mais les bienfaits de la nature ne s’arrêtent pas au physique. On parle de bien-être global :

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Encore des études, en Angleterre cette fois-ci, en 2001 et 2004. Elles ont montré que le contact à la nature réduit la fameuse hyperactivité avec déficit de l’attention. Il améliore les capacités des enfants à s’autodiscipliner et augmentent leurs capacités d’intégration.

« Le développement physique et socio-émotionnel des enfants est stimulé par un contact direct avec la nature. »

Rapport Birdlife international, 2008, Le bien-être grâce à la nature dans l’Union européenne

Bref, je ne vais pas vous détailler toutes les études sur le sujet, mais voici déjà quelques-uns des bienfaits de la nature sur nos enfants :

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Nombre de ces études ont été regroupées par Richard Louv, journaliste américain, expert en défense des droits de l’enfant et président fondateur du Children & Nature Network, dans son livre Last child in the wood. Elles ont semble-t-il forgé sa conviction : se promener dehors est essentiel pour la santé physique et émotive d’un enfant.

Notamment parce qu’elle les sort de leur passivité et de leurs écrans, l’immersion dans la nature encourage le jeu libre des enfants, et la communication avec les parents.

Touche pas à mon école ?

Ce que l’on attend avant toute chose d’une école, c’est qu’elle fasse de nos enfants des têtes bien pleines de tous les savoirs exigés dans les programmes scolaires. De bonnes notes, un bon diplôme et une vie garantie à l’abris du besoin. Alors aller gambader dans la nature… nous y penserons dimanche !

… Sauf que le lien à la nature devient aussi une préoccupation de l’école. La circulaire du 4 février 2015 de l’Education nationale y encourage le retour de la nature et de la biodiversité, «coins nature » ainsi que les sorties scolaires en nature. Et ce n’est pas un hazard, au contraire : les neurosciences tendent à démontrer de bien meilleures capacités d’apprentissage en pleine nature. …Oui, y compris pour les maths et les autres matières fondamentales.

« On a découvert que les mécanismes physiques et neurologiques de l’apprentissage, que ce soit par la vue, l’ouïe, avant même de rentrer dans une démarche de compréhension mentale, étaient directement reliés au système moteur. Et des recherches tendent à effectivement donner de biens meilleurs résultats dans des classes qui ont appris tout en étant en mouvement, le corps en action, que dans des classes traditionnelles d’enfants assis sans contact avec l’extérieur. »

Louis ESPINASSOU

Comment ça marche concrètement ? Les 5 sens bien en éveil (contre seulement 2 en classe : la vue et l’ouïe), les enfants améliorent leur capacité à créer des liens entre leurs connaissances déjà acquises et celles en cours d’acquisition.

Plus de sens éveillés = plus de connexions = une plus grande capacité d’intégration des connaissances.

Bien au-delà des notions de biologie, on peut par exemple développer la créativité, la coopération et donc le langage parlé en jouant avec ce que l’on a, dans le réel. Ses capacités d’attention et de concentration par l’observation d’oiseaux dans les zones humides. S’exercer à la trigonométrie en calculant la taille des arbres. Exercer ses talents d’artistes et sa dextérité en construisant des empilements de galets à la plage…

D’ailleurs, si les phases d’observation de terrain, prémisses aux questionnement et hypothèses, n’existent plus, que deviennent les démarches scientifiques ? Aristote n’enseignait-il pas aux plus grands (Alexandre Le Grand !) en marchant ?

Parents et enfants, les deux pieds dans la gadoue !

Pour Richard Louv, il est nécessaire de créer des moments de contacts positifs avec la nature chez les enfants, comme chez les parents. Il est indispensable que ces moments soient libres, peu guidés, entravés au minimum.

« Les enfants ont besoin de temps libre non structuré pour rêvasser et pour faire l’expérience de la nature dans toute sa splendeur. »

Richard LOUV

Parents, il faut donc prendre sur nous et éviter les « attention tu vas trouer ton pantalon » et les « ne touche pas à cette limace, c’est sale » !

« On s’aperçoit que c’est dehors, et dans un dehors vivant plutôt hétérogène, que l’ensemble des moteurs de la synaptogénèse (multiplication des connexions entre neurones) vont fonctionner en synergie. »

Louis ESPINASSOU

Bonheur, santé, développement intellectuel, développement psychomoteur, amélioration relations sociales… ça vaut le coup d’essayer, non ?

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